Dans l’interview accordée au journal l'Anecdote, Louis Tobie Mbida dénonce l’insuffisance du système électoral actuel, révèle les atrocités du régime au pouvoir, explique les motivations de la demande de son parti en faveur du report de la présidentielle, de même qu’il prend position sur beaucoup d’autres sujet sans fioriture. D'après Mbida, « le Rdpc, le parti au pouvoir s’est comporté comme un chien qu’on sort d’un trou et qui vous mord sitôt qu’il est sorti du trou». S'il est parti du Cameroun, c'est « parce qu’ils (Paul BIYA et son RDPC, ndlr) ont refusé la réconciliation nationale, ils ont refusé toute collaboration politique honnête. ``Je leur ai tendu la main, mais ils ont craché dans ma main''». Agé de 55 ans et de la même génération que Mme Angela Merkel, MM. Sarkozy, Obama et Cameron, il pose la question de savoir si un homme de 55 ans s’entendra mieux avec celui qui a 80 ans ou alors avec celui qui a presque le même âge que lui ? Il affirme que «le débat sur l’éligibilité du chef de l’Etat s’inscrit dans le registre de l’intellectualisme et de l’agitation stérile»...
L’Anecdote : M. Louis Tobie Mbida, l’une des questions que les camerounais se posent, est celle de savoir ce que vous étiez devenu entre 1997 et 2010…
Louis Tobie Mbida : Je vous remercie de me recevoir. Je suis parti du Cameroun le 07 juillet 1997 et je suis revenu le 02 septembre 2010. J’ai passé 13 ans d’exil volontaire. J’insiste sur l’adjectif volontaire. Je suis parti du Cameroun parce que je ne voulais pas perdre ma singularité. Je suis parti parce que je n’étais pas d’accord avec ce qui se passait dans notre pays, à savoir la corruption permanente, la fraude électorale et le refus de prendre en compte les préoccupations majeures des camerounais. Je suis parti du Cameroun parce que j’avais apporté ma contribution à stabiliser la paix au Cameroun en 1991-1992. Je suis l’un des acteurs majeurs de ce que l’on a connu dans ce pays comme la « rencontre tripartite » entre l’Etat, les partis politiques et la société civile. Le Président Biya avait déclaré que « la conférence nationale est sans objet ». Une déclaration qui était politiquement mauvaise. Le 19 juillet 1991, je vais être reçu par le président Biya. Je lui demandais d’accepter comme on le fait dans nos villages, de rencontrer les camerounais. Chose qui sera faite entre le 31 octobre et le 13 novembre 1991. La rencontre tripartite a vu naitre le changement de la constitution adoptée en 1996. La rencontre tripartite a vu naitre la loi électorale qui est encore en cours dans notre pays. Elle a abouti à un consensus qui aurait dû relancer la machine politique camerounaise, qui aurait dû aboutir à une réconciliation entre les camerounais. Mais, cela n’a pas été le cas. Le Rdpc, le parti au pouvoir s’est comporté comme un chien qu’on sort d’un trou et qui vous mord sitôt qu’il est sorti du trou. Je suis parti du Cameroun après cela. Parce qu’ils ont refusé la réconciliation nationale, ils ont refusé toute collaboration politique honnête. Je leur ai tendu la main, mais ils ont craché dans ma main et, je suis parti.
Aujourd’hui, quelque chose a-t-il changé pour que vous reveniez ?
Ce qui a changé c’est que les camerounais après 20 ans de multipartisme, commencent enfin à comprendre de quoi il s’agit. Ceux qui avaient 10 ans en 1997 quand je partais, en ont pratiquement aujourd’hui 25 ans. Ceux qui étaient mineurs à cette époque ont une autre manière de percevoir les choses. Ceux qui étaient électeurs en 1991-1992, étaient des camerounais qui étaient nés, grandis … sous Ahidjo. Ces hommes et ces femmes ne comprenaient pas le changement et sa nécessité. Aujourd’hui, au Cameroun nous comptons plus de 60% de moins de 35 ans. Aujourd’hui le chômage est devenu endémique ; aujourd’hui au Cameroun de nombreux diplômés trainent dans les rues comme sauveteurs. Aujourd’hui, après les émeutes de février 2008, les camerounais sont murs pour comprendre le changement et en dehors de cela, l’environnement international a changé. Nous avons en France M. Nicolas Sarkozy, au Etats-Unis M. Barrack Obama, en Angleterre nous avons Mr Cameron et en Allemagne nous avons Mme Angela Merkel. Pourquoi est ce que je cite ces gens là ? Moi Louis Tobie Mbida je suis né le 21 avril 1956, M. Sarkozy est né en 1955, Mme Angela Meckel est née en 1954, M. Barrack Obama est né en 1961. Mr Cameron aborde les 50 ans. Vous pensez à votre avis qu’un homme de 55 ans s’entendra mieux avec qui ? Avec celui qui a 80 ans ou alors avec celui qui a presque le même âge que lui ? C’est de cela qu’il s’agit ; l’environnement national a changé, l’environnement international a changé, les recommandations des uns et des autres sont importantes aujourd’hui. Je vais faire référence encore une fois à une déclaration qui a été très souvent citée par la presse camerounaise, celle de Mme Hillary Clinton à Addis-Abeba qui rappelle aux uns et aux autres que s’accrocher au pouvoir de manière anti démocratique est illusion qu’il faut perdre désormais. C’est n’est plus permis de s’accrocher au pouvoir.
Depuis que vous êtes revenu à quoi s’attelez-vous ?
J’ai été absent du terrain pendant 13 ans et malheureusement, nos partis politiques très souvent tournent autour de ceux qui les dirigent. Pourquoi ? Parce que nos partis n’ont pratiquement pas de sources de financement. Les camerounais ont appris à participer à la vie associative. Les camerounais ne savent plus cotiser pour une action commune, collective et publique, ils ne savent plus le faire, donc pendant les 13 ans, où j’ai été absent, malheureusement le parti n’a pas pu se déployer sur le terrain comme il aurait dû le faire. Ce qui ne veut pas dire que le parti est mort. Le parti des démocrates camerounais a été interdit pendant 29 ans. Malgré les 13 ans d’exil volontaire que j’ai choisi de faire, le Parti des démocrates camerounais reste dans le cœur de ceux qui croient en son message. Et ce que nous faisons aujourd’hui effectivement c’est, restructurer le parti, remplacer de nombreux décédés et remplacer bien sûr ceux qui nous ont tournés le dos, parce qu’ils ont trouvé quelque chose de plus intéressant en allant recevoir des prébendes auprès du parti au pouvoir. Tous ces hommes, toutes ces femmes, nous sommes en train de les remplacer par des jeunes efficaces. Nous avons compris une chose au Parti des démocrates camerounais, c’est que ce n’est pas le titre qui fait l’efficacité et la qualité. Les anciens ministres, les anciens Directeurs généraux, les anciens hauts fonctionnaires et Directeurs de l’administration centrale. Nous avons cru que c’est ceux-là qui avaient les titres qui étaient importants. Aujourd’hui ce n’est pas le cas, nous travaillons avec des jeunes inconnus du grand bataillon, mais d’une efficacité redoutable.
C’est à ça qu’on pourrait résumer les activités de votre parti depuis un certain temps ?
C’est n’est pas qu’à cela qu’on peut résumer les activités de notre parti. Je suis descendu dans les marchés de la ville de Yaoundé, je suis descendu dans les quartiers de nos villes et de nos campagnes. Nous avons opté pour une formule différente de celle qui nous a été imposée par le parti unique. Le parti unique nous impose des meetings folkloriques, la petite fille en robe blanche qui vous amène le bouquet de fleur, la mise en place des populations, l’arrivée des autorités, le discours du Délégué qui présente les doléances. Nous ne travaillons pas comme ça au parti des démocrates camerounais. Nous sommes partout, présents où le Parti au pouvoir est absent, nous sommes présents dans le développement. En ce moment, nous créons des champs dans les villages, nous créons des plantations dans les villages sans crier gare. Ce sont des endroits très reculés qui ne sont pas très appréciés des journalistes, où il n’y a aucun cocktail, où il n’y a rien à offrir, il n’y a que des épines et des grosses fourmies rouges. C’est dans ces endroits que moi, Louis Tobie Mbida, je me trouve. M. Zogo Destin est un des Directeurs de projet. Nous plantons du piment, nous plantons du gombo, nous plantons n’est-ce pas du verger et du maraicher. C’est ce que nous faisons en ce moment.
Ce n’est pas fini. Nous prenons position au niveau de la scène nationale et internationale. La dernière fois qu’on a entendu parler du Parti des démocrates camerounais, c’était au mois de févier. Nous avions voulu nous réunir dans les locaux de l’université catholique à Mvolyé. Malheureusement cette réunion a été interrompue brutalement par la police camerounaise. Cette réunion avait pour seul but de présenter le projet de société du Parti des démocrates camerounais qui s’articule autour d’un certain nombre de points sur le social, le politique, l’économique et le culturel. Mais malheureusement, cela a été interrompu par la police camerounaise. Nous ne troublions pas l’ordre public mais la réunion a été interrompue. Comme vous avez certainement dû l’apprendre, le Parti des démocrates camerounais le 18 juin 2011 a écrit au président de la République pour demander un report du scrutin présidentiel.
Justement pourquoi cette demande de report ?
Nous demandons un rapport de scrutin parce que le 02 janvier de cette année, au lendemain du discours de fin d’année du président de la République, nous avons demandé que soient pris en compte d’autres points que nous avions énumérés, entre autres la gratuité de la carte nationale d’identité, l’énumération des bureaux de vote sur tout le territoire, la demande de ne pas installer les bureaux de vote dans les domiciles privés de ceux qui sont considérés comme élites ; la mise en place des scrutateurs, leur formation beaucoup plus exactement. Nous avons demandé que Elecam soit revu, qu’on puisse inclure dans Elecam deux membres par département il y en a 58 au total ; un membre représentant la société civile, un représentant des partis politiques. Ceci nous aurait donné 166 membres plus les 12 d’Elecam ça aurait fait 128 membres. Nous avons demandé bien sûr que tout cela se termine par une formation des scrutateurs camerounais. Cette lettre, nous l’avons fait parvenir à M. Fonkam Azu président d’Elecam, c’était le 02 janvier 2011 avec copie au Chef de l’Etat et au Premier ministre. M. Fonkam Azu nous a reçu le 02 février et nous a déclaré que nous devons nous rappeler, nous Camerounais, que nous sortons du parti unique. J’ai été très étonné parce qu’officiellement nous sommes sortis du monolithisme depuis les lois de décembre 1990 autorisant la création des partis politiques. Moi Louis Tobie Mbida, je dois me rappeler que nous sortons du parti unique. Cà signifie ce que nous devons comprendre à savoir que cet homme n’est pas libre, cet homme n’est pas indépendant ; il ne peut pas nous assurer des élections libres, transparentes et démocratiques au Cameroun.
Si la date du scrutin n’est pas changée, que comptez-vous faire ?
Si la date du scrutin n’est pas changée nous vous le dirons le moment venu. Le courrier n’est parti que le 18 juin adressé au Chef de l’Etat lui-même. Nous avons adressé aussi un courrier à la communauté internationale pour lui rappeler ce qui se passe au Cameroun. Le Cameroun n’est pas isolé dans le monde. En Août 1960, le Président Ahidjo a signé l’inscription du Cameroun comme composante à part entière de l’Onu. En nous inscrivant membre, nous nous soumettons aux règles, aux règlements et aux textes de l’Onu. Ça signifie que les textes et règlements internationaux deviennent préimminents par rapport aux lois nationales. Le Cameroun doit donc se rappeler d’une chose, c’est que la communauté internationale aura un droit de regard sur ce qui va se passer dans notre pays. Il existe des outils, des instruments qui nous permettent de saisir l’Onu. Avant de le faire, nous voulons déjà en parler au Chef de l’Etat qui est la personne la plus autorisée ; nous allons parler à la communauté l’internationale parce qu’il y a deux choses qui nous inquiètent.
L’exécutif camerounais est entrain d’organiser un affrontement, la provocation à travers le pays.
Comment provoque t-il ?
Lorsqu’un parti politique demande une autorisation pour se réunir, pour manifester, on la lui refuse sans explication. Nous n’avons pas accès aux médias. Voilà pourquoi je remercie Vision 4 qui m’a reçu récemment, je remercie L’Anecdote qui m’accorde cette interview. Le parti des démocrates camerounais n’a pas été reçu une seule fois à la Crtv malgré nos multiples demandes.
Quelles peuvent être les chances de votre formation politique à ce scrutin ?
Le Parti des démocrates camerounais est une formation politique historique. Le PDC est un parti de gouvernement qui, dans le passé, a siégé à l’assemblée nationale du Cameroun. Il en a été sorti par la force de la dictature politique ayant imposé le parti unique dans les faits dès 1962. Dans des conditions de gestion politique saine où le libre et égal accès aux médias est assuré, où les libertés de réunion et de manifestation sont garanties, nous pourrions exercer aisément nos activités.
Le parti unique a disparu depuis le 19 décembre 1990 avec l’avènement des 20 lois sur les libertés mais nous fonctionnons toujours comme des partis politiques clandestins soumis au bon vouloir du Président de la République, dirigeant un Etat et un régime policier répressif qui lui sont acquis. Le seul baromètre politique fiable en démocratie reste un scrutin libre, démocratique et transparent aux résultats incontestables. Le Parti des Démocrates Camerounais revendique des élections libres démocratiques et transparentes. C’est pourquoi en date du 18 juin 2011 nous avons écrit au Chef de l’Etat camerounais pour demander que les conditions d’une élection juste et crédible soient réunies à défaut de quoi nous revendiquons un report des élections présidentielles à une date qui sera convenue entre tous les acteurs prenant part à cette élection.
Certains partis politiques de l’opposition formulent depuis quelque temps des préalables à la tenue de cette élection. Quelle est la position du Pdc par rapport à l’opposition camerounaise ?
Nous avons précisé dans divers courriers nos revendications et conditions pour des élections démocratiques. Au Parti des Démocrates Camerounais (PDC), nous estimions au 2 janvier 2011 (cf. notre courrier suscité) que les conditions à mettre en place pour que le scrutin soit incontestable et que ELECAM soit crédible étaient les suivantes :
- Instaurer la gratuité de la carte nationale d’identité ;
- Interdire l’installation des bureaux de vote dans les domiciles privés de tous ceux qui sont identifiés comme « élites » dans les circonscriptions administratives , dans les domiciles de tous les fonctionnaires et assimilés , dans les domiciles des commerçants et autres hommes d’affaires, dans les domiciles de tout citoyen susceptible de pratiquer un quelconque trafic d’influence partisan à l’endroit des électeurs ;
- Interdire la création des bureaux de vote fictifs ;
- Publier au plus tard au 30 avril 2011 et afficher à l’usage du public, la liste complète et exhaustive de tous les bureaux de vote sur toute l’étendue du territoire national ;
- Réaliser une refonte des listes électorales en excluant les décédés et autres cas prévus par la loi ;
- Limiter effectivement le nombre d’inscrits par bureau de vote à 500 électeurs maximum dont les noms, prénoms, date de naissance et lieu de résidence sont enregistrés ;
- Réaliser grâce à l’outil informatique un rapprochement bimensuel des listes des inscrits de tous les bureaux de vote à l’échelon national afin d’éliminer les doublons et autres inscriptions abusives ;
- Afficher officiellement sur des tableaux d’affichage extérieurs, afin d’en rendre la consultation ouverte à tout citoyen, en mairie , auprès du chef de quartier , du chef de village, les listes des bureaux de votes et la liste des inscrits par bureaux de vote dès le 1er mars 2011 ;
- Afficher la progression des listes électorales au fur et à mesure que s’inscrivent les citoyens à partir du 1er avril 2011 ;
- Installer à l’échelon national aux côtés des 12 membres désignés par décret présidentiel: avec les mêmes droits, les mêmes prérogatives et les mêmes devoirs, deux citoyens par département - soit 116 au total pour les 58 départements camerounais -, l’un représentant les partis politiques et l’autre représentant la société civile, sachant que ces représentants seront élus à bulletin secret parmi les militants présentés par les partis politiques légalisés quel que soit le nombre des partis et les organes de la société civile reconnus comme tels ;
- Les modalités pratiques seront régulièrement réajustées par cette commission élargie de 12 + 116 membres chargée de gérer ELECAM et qui élira en son sein le président effectif d’ELECAM en lieu et place de celui désigné par décret ;
- Organiser la formation de scrutateurs des bureaux de vote à l’échelon national.
Dans une émission sur la chaîne de Télévision Vision 4, vous sembliez- défendre l’héritage politique de votre père, André Marie Mbida, Premier Premier ministre du Cameroun. De quoi cela retourne ?
L’héritage politique d’André Marie Mbida et de ses compagnons de lutte est inscrit dans la devise même du Cameroun : Paix, Travail, Patrie. Cette devise fut adoptée par l’Etat du Cameroun en 1957. Il s’agit d’un programme politique parfait. Si ces principes étaient vraiment appliqués, le Cameroun serait plus prospère, plus généreux, plus solidaire et plus juste de nos jours. Cela ne semble pas être le cas depuis fort longtemps dans notre pays. Le projet de société du PDC et ses 95 points proviennent en droite ligne de l’héritage politique d’André Marie Mbida et de ses compagnons.
L’esprit du projet de société du Parti des démocrates Camerounais est clair et précis :
- Installer un système politique efficace, moderne et fonctionnel qui ne sera pas l’expression de la volonté autoritaire d’un seul homme mais l’émanation de décisions collégiales issues d’une démocratie participative.
- Créer de postes de députés à élire pour l’Assemblée nationale camerounaise équivalents au nombre d’arrondissements existants au Cameroun. Le découpage électoral n’obéira plus à des calculs politiques obscurs et partisans. Les camerounais de l’étranger seront non seulement appelés à voter mais ils éliront des députés représentant les camerounais de l’étranger en leur sein selon une distribution continentale. Une loi électorale incluant la proportionnelle sera introduite afin d’assurer une représentativité plus large et sociologiquement plus vérifiable au sein de l’Assemblée Nationale. Une loi sera votée prévoyant une commune pour 5000 (cinq mille) habitants aumaximum et 100 (cent) habitants au minimum par souci d’efficacité et afin de rapprocher la mairie, le conseil municipal et le maire de leurs concitoyens. Nous créerons un couple nouveau composé de l’ÉTAT ET DU CITOYEN
- Combattre le tribalisme et la corruption
- Donner une véritable autonomie aux femmes. Promouvoir la femme camerounaise et améliorer la condition féminine par la surveillance étroite de l’âge du mariage, la surveillance du taux de scolarisation des filles. Instituer un âge minimal de sortie scolaire de 18 ans chez la femme camerounaise avec comme diplôme de base au moins le BEPC, le BEP ou le CAP. La formation de la camerounaise devra être intégralement prise en charge par l’État. Appliquer à la lettre le principe : « pas de camerounaise sans métier ». Certaines pourront être sans emploi mais pas sans métier. Multiplier les centres d’encadrements et de conseils aux femmes, mettre en place des banques et des structures de crédits prioritairement réservées aux femmes pour assurer l’autonomie ainsi que la promotion économique et sociale de la femme camerounaise.
- Faire du progrès, de la justice sociale et de la redistribution des richesses des objectifs essentiels à atteindre dans les 4 ans à venir entre 2012 et 2016.
- Créer un système universitaire et scolaire capable de répondre aux questions essentielles du Cameroun du début 21ème siècle.
- Mettre en place un système de formation autant universel que répondant aux besoins du Cameroun profond qui formera des camerounais agents du développement technique et scientifique respectant l’environnement et l’écologie.
- Créer des structures et mettre en application un cadre réglementaire capable de promouvoir un environnement favorable à l’initiative citoyenne et privée.
- Promouvoir la création de richesses, ouvrir le Cameroun au monde par une diplomatie dynamique et un tourisme attractif.
- Créer une caisse primaire d’assurance maladie dans le cadre d’un système de sécurité sociale permettant la couverture maladie pour tous les citoyens.
- Créer une véritable banque de développement, ainsi que des banques socioprofessionnelles. Mettre en place un fond national de garantie du crédit régulé par l’État entouré par un cadre juridique fiable garantissant les droits des partenaires économiques et commerciaux.
- Recenser et faire réaliser de grands chantiers nationaux dans le Bâtiment et les Travaux Public, dans la santé et l’éducation, dans la recherche et les innovations technologiques.
- Dynamiser les échanges culturels et humains à l’intérieur du Cameroun afin de rendre le triangle national accessible et fluide à tous les citoyens.
- Rompre l’enfermement historique, social et culturel existant entre les différents regroupements anthropologiques camerounais.
- Créer des foyers industriels intégrés issus des produits des sols et sous-sols propres à chacune des régions camerounaises.
- Mettre un terme à la monoculture saisonnière, diversifier les cultures et développer le concept d’économie rurale.
- Mettre en place une vraie politique de maîtrise des coûts de la vie dans tous les secteurs fondamentaux de la vie des camerounais.
- Mettre en application le Cameroun des choix professionnels acceptés et non imposés par les circonstances.
Un débat agite le microcosme politique du Cameroun au sujet de la légalité d’une éventuelle candidature du président Biya à l’élection présidentielle annoncée. Quelle est la position de votre parti sur ce débat ?
L’impuissance en politique peut réduire certains acteurs à pratiquer de l’intellectualisme, de l’agitation, du sectarisme, du fanatisme ou du terrorisme. Toutes ces attitudes ne permettent pas d’accéder au but ultime du jeu politique qui est le contrôle de tout ou partie du pouvoir.
Le débat sur l’éligibilité du chef de l’Etat, au stade actuel du processus électoral au Cameroun, s’inscrit dans le registre de l’intellectualisme et de l’agitation stérile il ne s’agit pas d’une démarche politique productive et efficace.
Par contre, je pense, en ma qualité de citoyen et simple praticien du droit que le principe de la rétroactivité d’une loi pourrait se poser ici. Ce principe a été débattu, défendu voire acquis en droit pénal mais en droit constitutionnel, la discussion reste ouverte. N’étant pas juriste, ce débat d’experts ne m’enrôle pas. Mais comme je l’ai précisé plus haut : c’est de l’intellectualisme et de l’agitation politique stérile. Nous devons continuer à implanter les partis politiques de l’opposition sur le terrain, demander aux camerounais de s’inscrire sur les listes électorales et de mettre en place des scrutateurs pour protéger le vote.
Quant à savoir si oui ou non Monsieur Paul Biya sera candidat, il s’agit d’un faux débat pour créer la diversion et masquer les vrais problèmes qui se posent à la nation à la veille de ce scrutin : à savoir de ne pas accepter que le parti au pouvoir remporte des élections à 90 % avec seulement 20 % d’électeurs inscrits parce que les conditions pour une élection libre, démocratique et transparente n’auront pas été réunies.
Le chef de l’Etat camerounais ne peut pas avoir pris le risque de provoquer la colère des camerounais qui s’exprimaient en février 2008 par les émeutes de triste mémoire pour reculer ce jour à quelques mois du scrutin. Le BIR (bataillon d’intervention rapide) est équipé, armé et chauffé à blanc pour défendre le régime et son chef.
Certaines voix dans le parti au pouvoir s’élèvent pour nous jeter des noms en pâtures comme ballons sondes. Alors si ces hommes se croient présidentiables qu’ils aient le courage de se prononcer officiellement comme l’a fait Monsieur Nicolas Sarkozy alors qu’il était encore ministre dans le gouvernement de monsieur de Villepin sous le président Chirac. On nous parle de Monsieur Sadi René qui fait gaffe sur gaffe et dérape politiquement à chacune de ses sorties médiatiques, il ferait mieux de démissionner de son poste de SG du parti au pouvoir. Les journaux bruissent d’autres noms de présidentiables, membres actuels du présent gouvernement, s’ils sont courageux qu’ils se lèvent et parlent aux camerounais au lieu de faire parler des comparses à leur place dans certaines feuilles de choux de la place.
Comment entrevoyez-vous l’avenir du Cameroun au sortir de ce scrutin ?
Nous ne sommes pas encore sortis de ce scrutin. Quand cela sera fait nous en reparlerons.
Votre dernier mot ?
Le président Paul Biya a tout reçu du Cameroun et des Camerounais mais au bout de 29 ans d’un pouvoir sans partage où il aura été chef politique d’un régime présidentiel autoritaire, chef des armées, nommant aux emplois civils et militaires, père de la nation, grand timonier, grand pacificateur, après avoir muselé et réduit à l’inaction politique l’opposition, il n’a pas su se montrer à la hauteur de la tache qui lui a été confiée par l’Histoire. Le Président Paul Biya n’est certes pas Napoléon Bonaparte mais il connaîtra bientôt son Waterloo. Le Président Paul Biya doit se retirer dès 2011 dans la dignité d’un départ programmé après avoir contribué à mettre en place un processus électoral libre, démocratique et transparent pour des élections crédibles au Cameroun de 2011.
Les Camerounais et les Camerounaises doivent prendre en main leur destin en s’inscrivant massivement sur les listes électorales et en allant voter en leurs âmes et consciences pour le ou la candidate dont le projet de société les aura convaincus. Les citoyennes et citoyens, jeunes et moins jeunes doivent scrupuleusement protéger leur vote le jour du scrutin.
© L’Anecdote, entretien mené par Nestor Djiatou

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